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Philanthropie : le temps de l’audace est venu

Philanthropie : le temps de l’audace est venu

Chères amies, chers amis,

C’est avec un grand enthousiasme que j’ai récemment pris mes fonctions de directrice générale à la Foundation for a Just Society. Ce poste m’offre l’opportunité rare mais formidable d’occuper un rôle de leadership dans une fondation avec laquelle j’avais déjà travaillé pendant plusieurs années en tant que partenaire bénéficiaire. Ces années ont vu grandir mon admiration et mon respect pour l’approche pertinente, innovante et authentique de la philanthropie de FJS.

C’est un privilège de travailler pour une fondation qui écoute ses partenaires bénéficiaires, qui leur fait confiance, et qui leur apporte des réponses. Et je n’utilise pas le mot « privilège » à la légère. En tant qu’ancienne partenaire bénéficiaire, j’ai été très impressionnée par la façon dont l’équipe et les membres du conseil d’administration de FJS écoutaient attentivement ce que j’avais à dire et tenaient compte de mes retours, qu’ils soient positifs ou critiques. J’ai pu constater qu’ils joignaient le geste à la parole en matière d’approche locale de la philanthropie. Tandis que mon travail chez FJS débute, je tiens à rendre hommage au travail et à la vision de la fondatrice, du conseil d’administration, et des équipes actuelles et passées qui ont aidé à construire la fondation ces six dernières années.

Je me consacre moi-même au féminisme, à la justice sociale, et au travail avec et non pour les communautés les plus touchées par les inégalités. J’ai l’intention de poursuivre la noble mission de la fondation : répondre aux besoins immédiats tout en amorçant un changement structurel à long terme. Nous continuerons à le faire en suivant l’initiative de femmes, filles et personnes LGBTQI marginalisées qui catalysent le changement au quotidien dans leur communauté et dans leur pays.

De bien des façons, cela ne pourrait pas être plus simple : miser sur les personnes qui sont en première ligne du travail de transformation et leur simplifier l’accès aux ressources dont elles ont besoin. Fournir plus équitablement ces ressources et de façon à favoriser la collaboration et non la compétition dans tout l’écosystème des organisations dont le niveau d’influence et l’accès aux ressources sont différents, et qui emploient des stratégies différentes pour créer le changement. Toutes ces organisations jouent un rôle critique qui est précieux et nécessaire. Le financement des initiatives locales est très important à mes yeux, et je suis heureuse que FJS s’implique dans des partenariats basés sur la confiance, la transparence, la responsabilité mutuelle, et le soutien aux communautés qui veulent fixer et atteindre leurs propres objectifs.

Dans le monde dans lequel nous vivons, les femmes, les filles et les personnes LGBTQI font face à des menaces aussi nombreuses qu’immédiates : le changement climatique, la criminalisation, les migrations forcées, les violences policières, les déportations. La force des démocraties diminue tandis que les gouvernements restreignent de plus en plus les possibilités pour les femmes, les filles et les personnes LGBTQI de s’organiser pour défendre leurs droits : droit à disposer de leur corps, à l’éducation, à un salaire décent. Nous écoutons les difficultés auxquelles font face nos partenaires bénéficiaires et les combats qu’ils mènent dans des zones géographiques aussi éloignées et variées que la Birmanie, le Sénégal, le Salvador, et le Mississippi. Si les contextes sont différents, il y a beaucoup de points communs parmi les défis qu’ils doivent relever, dont certains sont liés au financement. Ces similitudes montrent combien il est important que les actions philanthropiques adaptent la nature de leur soutien aux différents mouvements à une époque marquée par la répression et pourtant si riche en opportunités.

Les mouvements féministes à travers le monde font face à ces défis avec une motivation, une détermination et une créativité renouvelées. La solidarité ne cesse de croître entre les différents mouvements aussi bien qu’en leur sein, et s’accompagne d’une large adhésion à un mode de leadership qui représente les communautés les plus affectées. Les femmes et les personnes trans issues de communautés marginalisées se trouvent en première ligne – et au centre – d’une organisation collaborative, inter-mouvements et locale qui résiste aux menaces pesant sur les avancées déjà obtenues. Elles proposent des visions pour la justice ainsi que des moyens d’y accéder, et elles répondent vigoureusement aux attaques.

Tandis que nous savons que les communautés marginalisées ont toujours été à l’avant-garde du changement social, je suis touchée de voir que les leaders au sein de ces mouvements commencent enfin à recevoir une certaine reconnaissance. Ces leaders militent différemment : leurs approches sont plus complètes et plus engageantes, et leurs stratégies construisent un programme partagé qui tient compte de la pluralité des réalités auxquelles font face la grande majorité des personnes dans le monde. Pour autant, le secteur de la philanthropie doit s’améliorer pour mieux reconnaître et soutenir les travaux qui ne s’alignent pas avec une approche qui donne la priorité à une seule identité ou à une problématique unique. En soutenant ceux qui travaillent collectivement et de façon inclusive, nous augmentons les chances de réussir.

Si la philanthropie adopte une approche de survie à court terme, ça ne sera pas suffisant. Les mouvements sont à l’heure actuelle prêts à prendre de plus gros risques et à investir davantage. La philanthropie doit elle aussi se montrer courageuse.

Nous devons investir dans des approches qui aideront les personnes à survivre au quotidien, mais aussi dans celles qui donneront aux activistes la latitude nécessaire pour mettre au point et appliquer des stratégies pour le long terme. Nous devons investir, mais pas de façon nocive ni fastidieuse, et sans nous placer hors de la portée des petits groupes. Nous devons aussi nous assurer que nos financements répondent aux besoins des mouvements en accordant une plus grande confiance et en acceptant l’ambiguïté par un soutien de fond flexible et sur le long terme. Nous voulons voir des financements meilleurs et plus nombreux atteindre directement celles et ceux qui se trouvent en première ligne du changement progressif, car c’est ce qu’exigent les mouvements.

En cette période de réflexion et de croissance, FJS invite les leaders et les collaborateurs des mouvements à travailler avec nous. Dites-nous ce que nous devrions financer. Si nous faisons des erreurs, faites-le-nous savoir. Dans la continuité de son histoire, FJS continuera à poursuivre sa mission, guidée par les organisations et mouvements avec lesquels elle est partenaire. Nous ne changerons pas de direction sans consulter notre communauté et nous resterons responsables devant elle.

C’est un honneur de rejoindre cette fondation et de travailler avec vous à créer un monde où chaque personne est estimée et vit sa vie de façon autonome.

Avec espoir et dans la solidarité,

Nicky